Carl Gustav CARUS (Leipzig 1789-Dresden 1869)

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Der Schlüssel zur Erkenntnis vom Wesen des bewußten Seelenlebens liegt in der Region des Unbewußtseins.

La clé de la connaissance de la nature de la vie consciente de l’âme est dans la région de l’inconscient.

Eine Poesie des Traumes ist so, daß zwar manches Entfernte in Zeit oder Raum wirklich als das, was es ist, erfaßt wird, während anderes nicht unmittelbar, sondern durch Vertauschung mit einer irgendwie assoziierten Vorstellung nur in Form eines Symbols angeschaut wird.

La poésie des rêves est telle que, certes certains, éloignés dans le temps ou l’espace, se comprennent vraiment tels qu’ils sont, alors que d’autres ne se saisissent pas directement, mais à travers un échange d’une représentation associée d’une certaine manière seulement sous forme de symbole.

Psyche, Zur Entwicklungsgeschichte der Seele. Psyche, sur l’histoire du développement de l’âme. 1846.

 

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Peu connu en France, Carl Gustav Carus est un précurseur de la découverte de l’inconscient et de la psycho-dynamique. Lu mais non cité par Freud, il fut un des premiers à théoriser sur l’inconscient,  avec Gotthilf Heinrich  Von Schubert (qui étudia la symbolique des rêves en 1814) et Ignaz Paul Vital Troxler (qui proposa une anthroposophie proche des futurs concepts de Jung).

Né à Leipzig en 1789, Carus est un homme aux quatre qualités, comme il est inscrit sur sa tombe du Trinitatisfriedhof de Dresden : Naturforscher und Arzt, Philosoph und Künstler (naturaliste et médecin, philosophe et artiste). Représentant de la Bildung Romantique, sa solide formation est remarquable : il a en effet étudié à Leipzig le dessin, la botanique, la géologie, la zoologie, la chimie, puis la médecine et la philosophie, enfin la peinture à l’Académie des beaux-arts de Dresden avec Klengel.

Naturaliste, dans la lignée de Goethe qu’il a rencontré à Weimar en 1821 et à qui il a rendu hommage à sa mort en 1832 par un texte et des tableaux, et  ami d’Alexander von Humboldt avec qui il a correspondu.

Médecin,  Professeur de gynécologie  à l’Académie de chirurgie et de médecine de Dresden en 1814 puis à la cour de Saxe sous trois rois, il fut cofondateur avec Lorenz Oken de la société allemande des médecins et naturalistes à Leipzig en 1822. Si ses premiers écrits concernent l‘anatomie comparée (la vertèbre primordiale), les textes s’infléchissent vers la psychiatrie en 1830 avec les Vorlesungen über Psychologie, en 1846 avec Psyché, Physis en 1851  et en 1861 avec Natur und Idee.

Sa philosophie est  dans la lignée de la Naturphilosophie de Schelling.

Ami, médecin et élève de Caspar David Friedrich, ses tableaux ressemblent à ceux de son maître au point qu’ils ont parfois posé des problèmes d’attributions. Il a voyagé avec lui à Rügen en 1817 et dans le Riesengebirge en 1820.

Sur le plan de l’esthétique, il a théorisé dans les Neuf Lettres sur la peinture de paysage écrites entre 1815 et 1824 et développé le concept de la représentation de la vie de la terre ou Erdlebenbildkunst en peignant des paysages géognostiques.

Carus a voyagé en Italie, en Angleterre et en France. Il a rencontré à Paris en 1835 David d’Angers, qui a évoqué à propos de la peinture de Friedrich “la tragédie du paysage”, et a sculpté les bustes de Carus, Goethe et Alexander von Humboldt.

En 1862, il est nommé Président de l’Académie Leopoldina d’Histoire Naturelle à Halle et meurt à Dresden en 1869.

La lune est un topos essentiel du romantisme allemand. Carus a dans ses mémoires écrit un Conte de la une perdue (Die Sage vom verloreren Monde) et a peint de nombreux tableaux avec clairs de lune. Il décrit dans son autobiographie les nombreuses soirées passées à la contempler, au point que certains de ses amis se seraient moqués de lui, en disant qu’il ne peignait que des clairs de lune. Avouant une profonde attirance pour le crépuscule, il reconnaissait trouver dans l’obscurité sa principale source d’inspiration mélancolique. C’est l’atmosphère lumineuse que l’on trouve dans Malerstube im Mondschein, petit tableau représentant son atelier au clair de lune, dont le chevalet apparait comme une ombre- fantôme, à peine éclairé par la lumière qui filtre à travers un rideau torsadé. Il a peint Faust dans son atelier entouré d’ombres écrivant et rêvant, et de nombreux paysages (dont un cimetière avec une lune rousse), établissant des correspondances entre l’atmosphère des états de la nature et la disposition thymique (Stimmung) du contemplateur. Dans son  Conte de la lune perdue il analyse le deuil, la mélancolie, la nostalgie suite à la perte de la lune, à l’aide de nombreuses métaphores, dont celle du « soleil de la nuit », reprenant celle de Novalis  décrivant « la lune comme rêve de soleil »,et de Joseph Addison définissant « le rêve comme un clair de lune dans le cerveau ».

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 Carus Faust Studiezimmer

 

Lire le conte de la lune perdue

Carus a peint en 1826 son Atelier au clair de Lune (Malerstube im Mondschein).

Lire une présentation  du tableau

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A Dresden on peut voir sa tombe au Trinitatisfriedhof et l’hôpital porte son nom avec un logo inspiré de la médaille de  Ernst Rietschel représentant le profil de Carus en 1846.

 

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Lire CARUS et l’Inconscient Das Unbewusste

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Œuvres de Carl Gustav Carus

Œuvres peintes et dessins

PRAUSE, Marianne, Carl Gustav Carus : Leben und Werke, Berlin,  Deutscher Verlag für Kunstwissenschaft, 1968.

Catalogue d’exposition : Carl Gustav Carus – Natur und Idee. Dresden : Staatliche Kunstsammlungen, Berlin : Staatliche Museen, 2009.

-Carl Gustav Carus, Wahrnehmung und Konstruktion. Dresden : Staatliche Kunstsammlungen, Berlin : Staatliche Museen, 2009.

Oeuvres théoriques

CARUS, Carl Gustav, Neun Briefe über Landschaftsmalerei geschrieben in den Jahren 1815-1835. Dresden. Zuvor ein Brief von Goethe als Einleitung, 1831. Édition Max Reichelt, Villingen, Schwarzwald.

Neuf lettres sur la peinture de paysage, dans : De la peinture de paysage dans l’Allemagne romantique, Paris, Klincksieck, 1988.

CARUS, Carl Gustav, Voyage à l’île de Rügen sur les traces de C.D. Friedrich. Préface de Kenneth White, traduction Nicolas Taubes, Saint-Maurice, Premières pierres, 1999.

CARUS, Carl Gustav, Psyche: Zur Entwicklungsgeschichte der Seele, Pforzheim, Flammer und Hoffmann, 1846.

CARUS, Carl Gustav, Geheimnisvoll am lichten Tag, Von der Seele des Menschen und der Welt, Hamburg, Tredition Classics, http://gutenberg.spiegel.de/buch/515/1.

CARUS, Carl Gustav, Natur und Idee oder das Werdende und Sein Gesetz. Eine philosophische Grundlage für die specielle Naturwissenschaft, Wien, Wilhelm Braumüller, 1861.

Littérature critique

BERNOUILLI, Christoph, Die Psychologie von Carl Gustav Carus und deren geistesgeschichtliche Bedeutung, Iena, Eugen Diederichs, 1925. 

DÉCULTOT, Élisabeth, Peindre le paysage, discours théorique et renouveau pictural dans le romantisme allemand, Du Lérot éditeur, Tusson, Charente, 1996.

DÉCULTOT, Élisabeth, « Les pérégrinations européennes du mot romantique », in Critique, L’Europe romantique, Tome LXV, n° 745-746, Paris, Juin-Juillet 2009, pp. 456-466.

GRABER, Gustav Hans, Carl Gustav Carus : ein Vorlaüfer der Psychoanalyse, Imago, XII, Internationaler Psychoanalytischer Verlag, Leipzig/ Wien /Zürich, 1926.

LACOUE-LABARTHE, Philippe – NANCY, Jean-Luc, L’Absolu littéraire : théorie de la littérature du romantisme allemand, Paris, Seuil, 1978.

MEFFERT, Ekkehardt, Carl Gustav Carus, Arzt-Künstler-Goetheanist, eine biographische Skizze, Basel, Perseus Verlag, 1999.

MONTANDON Alain, Les yeux de la nuit, Essai sur le romantisme allemand, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2010.

MÜLLER-TAMM, Jutta, Kunst als Gipfel der Wissenschaft, Ästhetische und wissenschaftliche Weltaneignung bei Carus, Berlin, Walter de Gruyter, 1995.

RECHT, Roland, La lettre à Humboldt : du jardin paysager au daguerréotype, Paris, Christian Bourgeois, Titre 6, 2006.

WAT, Pierre, Naissance de l’art romantique : peinture et théorie de l’imitation en Allemagne et en Angleterre, Paris, Flammarion, 1998.